Le 1er Juillet, l’APGEF hébergera une rencontre organisée par l’ICOSI – Institut de Coopération Sociale Internationale sur le thème « Pour une citoyenneté active en Ile-de-France » dont la démarche vise à promouvoir la participation citoyenne des citoyens européens non français résidant dans la région IDF. La citoyenneté européenne est une question centrale de l’identité européenne et promet de figurer en bonne place des débats en vue des prochaines élections européennes de 2014. Dans le contexte de l’année européenne 2013 des citoyens, la Commission européenne a cherché à connaître les vues des Eglises sur le sujet, dans le cadre d’un Séminaire de dialogue qui s’est tenu le 20 juin dont voici une synthèse (source: COMECE).

20/06/2013 – Dialogue Seminar on “EU citizenship – challenges and benefits”, Brussels – Presentation of Chiara Adamo

 

Au nom de la Commission européenne, Mme Chiara Adamo (DG Justice) a présenté le concept et les éléments constitutifs de la citoyenneté européenne ainsi que le rapport 2013 sur la citoyenneté. Mme Sophie Beernaerts (DG Communication) a ensuite particulièrement mit l’accent sur le Programme « l’Europe pour les citoyens ».

« Pourquoi la citoyenneté européenne est-elle aussi impopulaire ? » s’est demandé Mgr Kenney, évêque délégué de la COMECE pour l’Angleterre et le Pays de Galles. Dans son intervention, il a souligné l’échec, à différents niveaux politiques, de la mise en pratique de trois principes clé de la pensée sociale de l’Eglise. La Solidarité : les politiciens nationaux coupent dans les dépenses sociales sans explication. Subsidiarité : lorsque des décisions sont prises à un niveau jugé inapproprié par les citoyens, ils perdent le contrôle de ce niveau de décision. Enfin, la dignité humaine : nous avons perdu le sens de l’égale dignité de chaque personne, qu’il s’agisse de concitoyens pauvres ou de migrants, et de la fraternité qui nous lie avec eux.

Alors, quels sont les ingrédients de la citoyenneté d’un point de vue chrétien ?

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20/06/2013 – Dialogue Seminar on « EU citizenship – challenges and benefits », Brussels

Cela commence par un sens de la mémoire et de l’attachement à ses propres racines. L’archevêque orthodoxe de Wrocław et Szczecin, Mgr Jeremiasz (Président du Conseil œcuménique des églises en Pologne) a souligné l’importance de la terre d’origine, non seulement en terme d’attachement géographique mais aussi dans une dimension plus profonde et spirituelle. Dans la théologie orthodoxe, cela se traduit en termes de responsabilité pour la divinisation (theosis). Ainsi, l’attachement à un lieu particulier de la terre nous permet d’être des citoyens responsables au sein de la communauté des nations.

Selon le représentant protestant, le Dr Peter Schreiner, Président de la Commission InterEuropéenne sur l’Eglise et l’école : “Le Dialogue est une valeur en soi qui nécessite d’être poursuivie. Il est important d’échanger des vues et des arguments, sans pour autant devoir s’accorder sur tout. Il faut également changer de perspective, en passant du « nous d’abord » au « vous et nous ensemble » afin de poursuivre le bien de tous en Europe, dans des activités communes telles que l’éducation. »

La citoyenneté semble avoir trois dimensions : l’appartenance, l’être et le devenir. Le devenir se réfère à une communauté de destin. Les européens appartiennent à une construction politique récente qui est encore en devenir. « Nous les chrétiens, sommes les architectes, les fantassins, les ingénieurs qui poursuivent un ambitieux projet qui n’est pas encore achevé » a résumé le Père Patrick Daly, secrétaire général de la COMECE.

Or, ces ingrédients doivent être liés par deux éléments : un sens de la rationalité, car nous sommes tous connectés les uns aux autres de fait (et pas seulement par notre inclinaison). Notre citoyenneté européenne résulte donc de cette réalité. Mais elle est aussi fondée dans le sentiment et l’engagement de l’amour pour notre prochain.

Cependant, nombre de femmes et d’hommes en Europe se sentent exclus de cette citoyenneté en raison de leur vulnérabilité (les personnes pauvres, âgées, handicapées ou encore les détenus) et les programmes d’action de l’UE ne les atteignent pas toujours. Sur ce terrain, les Eglises et leurs organisations sont des acteurs clé en touchant ces groupes et en leur permettant d’exprimer leurs préoccupations et leurs besoins (par ex. Caritas Europa rassemble ces personnes vulnérables au sein de « groupes focalisés » dans divers Etats membres). Ainsi, ces personnes se voient reconnaître leur dignité de citoyens européens à part entière.

La citoyenneté européenne ne remplace pas la citoyenneté nationale : elle la complète. De nombreuses difficultés demeurent au niveau des Etats membres. D’ailleurs, il semble que les gouvernements nationaux hésitent à promouvoir ce sens d’appartenance à la communauté européenne : par exemple en s’opposant, pour certains, à une référence aux symboles européens (drapeau et hymne européen) dans le Traité de Lisbonne ou même en faisant retirer le mot « appartenance » dans le programme « Europe pour les citoyens » de la Commission européenne.

Dans la perspective des prochaines élections européennes, les représentants des Eglises sont convaincus que les citoyens iront voter à la condition qu’on leur propose un projet dans lequel ils puissent croire et se reconnaître. Cela soulève la question cruciale de la volonté des citoyens quant à la poursuite et au développement du projet européen.


Source: COMECE par Johanna Touzel. La COMECE est la Commission des Episcopats de la Communauté européenne et elle est composée de 26 évêques représentant tous les États membres de l’UE. Depuis plus de trente ans, la COMECE accompagne le processus d’intégration européenne et propose ses réflexions. La COMECE est désormais un partenaire des institutions de l’UE dans le dialogue prévu par l’Article 17 (3) du Traité sur le fonctionnement de l’UE.
Ressources: Programme Citoyenneté 2007-2013 de la Commission Européenne

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