La Pologne a bénéficié de fonds importants de l’UE pour financer ses grands projets. Elle engrange surtout les bénéfices d’une décennie de réformes, d’un système bancaire sain et d’une politique d’endettement stricte. Cette série est publiée sur notre site avec l’aimable autorisation du journaliste Stéphane Laugée que nous remercions très chaleureusement.

Des finances solides

Seul pays de l’Union à ne pas être entré en récession, la Pologne a annoncé, par la voix de son Ministre des Finances, un taux de croissance pour 2011 qui a dépassé les 4%. Un « miracle polonais » applaudi par de nombreux dirigeants étrangers, dans un contexte où les mesures d’austérité se multiplient. « Cette bonne santé financière s’est construite dès les lendemains de la transformation économique postsoviétique » ajoute le ministre polonais dans un français impeccable. Au point d’afficher aujourd’hui une mine radieuse là où la crise économique fait déchanter de grandes puissances.

« La crise aura presque été une opportunité pour la Pologne ». Zbigniew Jagiello, quadra à la tête de la plus grande banque du pays à capitaux publics et privés, PKO BP, tient un discours grinçant et pourtant si proche de la réalité. « Entre 2007 et 2008, nous avions une croissance positive, à l’inverse des autres pays européens. Notre système bancaire n’a pas été infecté par des produits spéculatifs toxiques, comme à l’Ouest. Nous étions concentrés sur les clients, le financement des PME et les entrepreneurs, au lieu de créer des nouveaux instruments qui se sont avérés être des pièges, par la suite, pour les grandes institutions financières ». La fibre entrepreneuriale des Polonais est la seconde clé de ce succès. « Au cours de ces 20 dernières années, les entrepreneurs polonais ont appris à connaître l’économie de marché. Ils sont devenus plus souples et donc mieux armés pour s’adapter à cette crise. Par rapport à nos voisins d’Europe centrale et orientale, nous disposons d’un marché intérieur suffisamment important pour ne pas être trop dépendant des exportations. » En voulant économiser sur des produits nationaux plutôt qu’importés, la Pologne fait d’une pierre deux coups en soutenant aussi son industrie.

Varsovie, aujourd'hui.

Varsovie, aujourd’hui.

Une place boursière régionale

A l’origine de ces bons résultats financiers, un marché bancaire très contrôlé, et l’inscription dans la constitution du non dépassement de la dette nationale de 60% du PIB par l’ancien Ministre des Finances Leszek Balcerowicz, le père de la transformation économique polonaise. C’est aussi le domaine d’Iwona Sroka, présidente de la CSD polonaise (Central Securities Depository), l’organisme dépositaire des valeurs mobilières. « Notre objectif n’est pas de croître par l’acquisition d’autres échanges, comme la Bourse de Vienne l’a fait avec les changes de Prague, Budapest ou Ljubljana. Nous plébiscitons une croissance organique afin de devenir une vaste Bourse régionale. Nous voulons inciter les entreprises à venir à Varsovie. Notre région, en terme de chiffres d’affaires du marché est encore faible par rapport à des places comme Londres ou Euronext, mais nous aspirons à devenir une petite Bourse de Londres en Europe centrale. » Allant dans ce sens, la CSD est devenue membre, en novembre 2011, du système de règlement paneuropéen pour les transactions effectuées en Europe. « La prochaine étape est de mettre en oeuvre notre stratégie pour être plus compétitifs face à la concurrence venant de la déréglementation de notre secteur. Nous développons l’automatisation pour être moins chers et plus modernes, en investissant notre propre argent, pas celui de nos participants sur le marché. » La nouvelle Pologne a mis vingt ans à sortir de terre. Elle est aujourd’hui émergente, compétitive et dispose d’un fort potentiel. « Elle offre de grandes opportunités de développement, il y a encore un décalage important entre le pouvoir d’achat d’un Polonais et un Français, qui est de 1 à 6, mais la marge de progression est énorme. Il y a une forte augmentation des salaires, la propension à consommer est très forte, nous sommes donc dans une situation de pays émergent ». Michel Kiviatkowski a quitté la France pour s’installer en Pologne en 1992, et il y a créé la filiale polonaise de Mazars. Aujourd’hui, il est confiant dans le potentiel de ce pays. Un avis que partagent de nombreux autres acteurs de la Pologne d’aujourd’hui.

Entre la création de la bourse de Varsovie, devenue leader régional en quelques années, et la prolifération des banques polonaises comme étrangères à 70 %, les finances sont au beau fixe. « Nous avons maintenant 46 sociétés cotées qui viennent de la région, mais nous avons aussi des sociétés cotées à Londres ou au Nasdaq, parallèlement à la bourse de Varsovie. Nous sommes aussi devenus attractifs pour des sociétés ukrainiennes, onze à ce jour, qui préféraient auparavant les bourses de Londres ou Francfort, ce qui prouve que désormais nous répondons mieux à leurs besoins que les grandes places financières d’Europe de l’Ouest », précise Ludwik Sobolewski, président de la Bourse de Varsovie. Avec, en prime, des stratégies payantes depuis 2006 : l’instauration du marché New Connect qui a boosté le dynamisme des PME et un marché d’obligations privées.

« Nous sommes la 6e bourse la plus dynamique dans le monde. Bien entendu nous ne sommes pas de la taille de Londres ou Hong Kong, ni même Madrid, nous sommes la neuvième bourse en Europe en termes de capitalisation, mais en ce qui concerne la croissance, nous sommes parmi les plus dynamiques », ajoute Ludwik Sobolewski. Dans le secteur de la Bourse comme des banques, la Pologne a su tirer profit de son retard structurel en se focalisant uniquement sur les bons investissements. « Nous nous sommes installés en 1990 à la demande de nos clients, qui n’étaient pas habitués à ce type d’économie assez centralisée. Nos clients recherchaient le service bancaire qu’ils étaient habitués à avoir ailleurs. Nous avons donc participé à la transformation de l’environnement bancaire ici », explique Tomasz Wirth, président de Société Générale Polska. Avec 15 des 20 plus grosses sociétés polonaises parmi ses clients, la banque a apporté à la Pologne des standards européens. « Une valeur ajoutée qui nous a permis d’apporter notre savoir faire et développer des métiers qui n’existaient pas ici, notamment dans le domaine des dérivés : dérivés de taux, dérivés en matières premières, etc. »

Après nous avoir copié grâce aux banques étrangères, l’offre bancaire innove. La banque Alior, créée de toutes pièces en 2008 par Wojciech Sobieraj, brilliant banquier soutenu par l’homme d’affaires Roman Zaleski, offre un service de banque privée aux petits épargnants, et pour moins cher : « Il y avait une forte demande pour plus de qualité de service, et une offre produits plus large », précise Mr Sobieraj. Ce que la technologie actuelle permet, alors que les grandes banques ne peuvent se l’offrir car il serait trop couteux de changer leurs systèmes informatiques vieillissants.

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