Sur la proposition de Marek Michalak, le Défenseur des enfants en Pologne, le Parlement polonais a adopté à l’unanimité l’an passé une résolution déclarant 2012 « Année Janusz Korczak ». En effet, cet automne sont célébrées deux dates importantes liées à cet illustre pédiatre et écrivain polonais : le 70e anniversaire de sa mort dans le camp d’extermination de Treblinka (août 1942) et le 100e anniversaire de la création de son orphelinat Dom Sierot, à Varsovie (octobre 1942).

 Peu connu en France, Janusz Korczak est pourtant un personnage immensément connu en Pologne et était avant la Seconde Guerre mondiale l’une des personnalités scientifiques les plus influentes et les plus respectées. Aujourd’hui encore, il est considéré partout dans le monde comme le père spirituel de la Convention internationale des droits de l’enfant, votée par les Nations Unies en 1989.

Janusz Korczak vers 1930

Janusz Korczak,  une vie au service des droits de l’enfant

  Les années de formation

 Janusz Korczak, de son vrai nom Henryk Goldszmit, est né le 22 juillet 1978 ou 1979 – l’année exacte reste inconnue- à Varsovie. Issu d’une famille juive de la classe moyenne, son enfance fut assez heureuse jusqu’au jour où son père, avocat renommé, soit atteint de troubles mentaux qui conduisirent la famille à la ruine. Le jeune Korczak est alors obligé de prendre en charge sa mère et sa sœur. Afin de subvenir à leurs besoins, il commence à donner des cours particuliers et à écrire des articles pour la presse. En 1898, il entreprend des études de médecine à l’université de Varsovie. Un an plus tard, il participe à son premier concours littéraire sous le pseudonyme de Janusz Korczak, le nom d’un personnage de roman de Kraszewski.

 En 1901, Janusz Korczak publie son premier livre, Les enfants de la rue (Dzieci ulicy), consacré à la misère des enfants les plus pauvres. Au total, il publiera près de 500 articles entre 1898 et 1905 ; il devient peu à peu un auteur célèbre et élabore ses premières théories pédagogiques. Enfin diplômé en 1905, il est mobilisé en tant que médecin militaire dans la guerre qui oppose le Japon à la Russie.

 Janusz Korczak, précurseur des droits de l’enfant

Dom Sierot, 92 rue Krochmalna à Varsovie. Partiellement rénové, il abrite aujourd’hui un petit musée et surtout le Centre international des archives et de la documentation créé en 1992 : Korczakianum.

A son retour, devenu auteur à succès et médecin, il abandonne une carrière prometteuse pour créer à Varsovie deux orphelinats pilotes, Dom Sierot (« La maison des orphelins ») en 1913 et Nasz Dom(« Notre maison ») en 1919. Tandis que le premier est consacré aux jeunes orphelins juifs, le second se destine aux orphelins de guerre polonais.

Il instaure dans ces deux établissements un système d’éducation inédit, basé sur le dialogue et le respect des enfants. Il y crée une véritable société démocratique, organisée selon des principes de justice, d’égalité en droits et obligations : la « République des enfants ». Au sein de ses orphelinats, Korczak applique le principe d’autogestion : enfants et adultes doivent se mettre d’accord sur les règles régissant la vie en collectivité, puis veiller ensemble à leur application.

Dans les années 1920-1930, Janusz Korczak devient une personnalité influente. « Les causeries du vieux docteur », émission de radio familiale, La petite revue (Mały Przegląd), une revue diffusée au niveau national et rédigée par les enfants de ses orphelinats pour les jeunes Polonais, ainsi que ses nombreuses publications font de lui un homme connu dans toute la Pologne.

 Le Roi Mathias Ier (Król Maciuś Pierwszy), publié en 1923, est son œuvre la plus connue. A travers les mots et les actes du petit roi réformateur, Korczak développe ses idées sur la place de l’enfant dans la société, le rôle des adultes et des éducateurs. Il est aujourd’hui aussi célèbre en Pologne que peut l’être Le Petit Prince en France.

 En 1928, il publie son manifeste, Le droit de l’enfant au respect (Prawo dziecka do szacunku). Ce dernier vise à faire réfléchir les adultes sur le regard qu’ils portent sur les enfants. C’est cette œuvre qui sera plus tard utilisée comme texte fondateur pour la rédaction de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Korczak dans le ghetto de Varsovie

 A la fin des années 1930, les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles pour les Juifs en Pologne. Les problèmes financiers de Dom Sierot s’accumulent. En 1940, lorsque le ghetto de Varsovie est créé, Janusz Korczak y accompagne délibérément les enfants de son orphelinat, refusant de les abandonner à leur sort. Il lutte jour après jour pour les protéger, jusqu’au moment où il est déporté et assassiné avec eux, le 6 août 1942, au camp de Treblinka.

L’héritage de Janusz Korczak

L’oeuvre de Korczak eut une importance considérable de son vivant et exerce encore aujourd’hui une influence immense dans le domaine des sciences éducatives. En Pologne, en Suisse, en Allemagne, en Israël, en France ou encore en Russie, de nombreux centres de recherche travaillent encore sur ses pratiques et ses idées. En 1978, l’UNESCO célébra le centenaire de sa naissance. Cette année, le Parlement polonais a proclamé 2012 « année Janusz Korczak ». De nombreux évènements et manifestations, en Pologne et à l’étranger, ont déjà eu lieu et auront lieu jusqu’à la fin 2012 en hommage à Janusz Korczak.

Monument dédié à Janusz Korczak devant le Palais de la Culture et de la Science à Varsovie

En France, une série de manifestations sont organisées jusqu’à la fin de l’année en partenariat avec l’Institut polonais, l’Association  Française Janusz Korczak (AFJK) et la Société Historique et Littéraire Polonaise. Retrouvez tout le programme sur le site Internet de l’Institut polonais. Pour les manifestations ayant lieu en Pologne, rendez-vous sur le site Internet de l’année Korczak.

 A noter enfin, à la suite du 20e anniversaire de la ratification de la Convention des droits de l’enfant, les éditions Fabert ont créé en 2010 une collection Janusz Korczak, comportant des romans et essais déjà parus en France il y a de nombreuses années et retraduits à l’occasion, ainsi que des ouvrages qui, jusqu’à maintenant, n’avaient jamais été traduits.  La liste de l’ensemble des œuvres traduites peut être consultée et commandée à l’adresse suivante : http://www.fabert.com/pages/janusz_korczak_editions_fabert.php.

 

 

Sources : http://2012korczak.pl/, http://korczak.fr/, http://www.institutpolonais.fr , Conseil de l’Europe

 

 

 

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