Entre euphorie et blues, il est difficile d’atterrir
au retour de la planète cinéma.

 

Un mois après le Festival, les images reviennent: le bleu azur de la baie méditerranéenne de Cannes, les profils blancs des yachts qui y sont amarrés pour la circonstance, le rouge pourpre des escaliers bordant de deux parts le Palais des Festivals, et, bien sûr, la ville.

En cette période, son centre est animé de manière particulière : la rue est polyglotte, élégante et, signe particulier, elle est « badgée ». Le public professionnel se divise principalement en deux types de pass: le marché du film et les médias. Les terrasses demeurent bondées en permanence. Les hommes portent une chemise blanche et un pantalon noir et gardent, à porté de main, la veste de smoking qu’ils revêtent, dès sept heures du soir, sans oublier un accessoire indispensable – le nœud pap. Les femmes élaborent, elles aussi, une stratégie de métamorphose instantanée: beaucoup d’entre-elles, dès le matin, emportent dans leur sac un châle chic de soirée et des talons aiguille, promesse de la mythique montée des marches à la tombée de la nuit.

Pour voir un film, sauf à bénéficier du statut privilégié de « l’invité », on patiente inévitablement, plusieurs fois par jour, devant l’une des nombreuses salles de projection. Ici, l’ordre et la courtoisie sont à la hauteur de l’évènement, toute entrée-sortie des bâtiments se fait sous l’œil avenant mais vigilant des équipes de sécurité qui elles aussi, le soir venu, troquent leur uniforme beige contre un costume sombre. Les marches rouge-vif légendaires, menant à l’immense salle Frères Lumière, se peuplent du beau-monde tout particulièrement en fin de journée : les stars élégantissimes avancent au milieu de la haie d’honneur formée par les photographes et sous l’applaudissement de la foule. Le président Gilles Jacob, et le délégué général du festival Thierry Frémaux, les accueillent solennellement en haut des marches. Tout se fait au rythme d’une musique effrénée relayée par des hauts-parleurs jusque dans les ruelles. Chaque film en compétition officielle est précédé du sexagénaire jingle audio-visuel : sur l’écran, au son de la musique aquatique tirée de la composition de Saint-Saëns Aquarium, les marches rouges émergent de la mer et montent vers le ciel en faisant apparaitre la branche dorée de laurier – logo officiel de l’évènement. A chaque jingle, les salves d’applaudissement traduisent l’excitation à l’approche de la projection.

A l’intérieur du palais, le rez-de-chaussée accueille le village international des distributeurs du film, le premier étage loge l’administration, le troisième est tout entier réservé aux médias: journalistes, photographes, ingénieurs du son et caméramans partagent l’espace. C’est là, dans les salles des conférences, les rencontres entre la presse, les réalisateurs et les comédiens s’enchainent. Dans les halls projette en direct sur les écrans les différents évènements : conférence de presse, tonitruant Photo Call de la plage où on attire le regard de chaque star en hurlant son prénom, leçon de cinéma animée par des réalisateurs, interviews individuels. L’espace presse sur-équipé en ordinateurs, tables et fauteuils prêts à recevoir les professionnels du monde entier, ne désempli pas; on y travaille 20 heures par jour. Pour informer en temps réel, certains envoient des emails, d’autres branchent leurs microphones en improvisant une « cabine d’enregistrement » au creux de leur veste.

A la fin du festival, le jury annonce les résultats qui font sitôt le tour du globe. On souligne les évidences, on commente les paradoxes et, comme chaque année, on se réjouit de l’émergence de nouveaux talents. Encore la clôture officielle avec la remise des prix, et bye bye Cannes.

D’ici peu, le large public découvrira le must du cinéma international de l’année. Et pour tous, vivement l’édition du mythique festival de l’année prochaine.

 

 

J.Kujawska

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