Publié en 1967, Perturbation est le deuxième roman de Thomas Bernhard. Cette œuvre de jeunesse, à la structure profondément musicale, est une partition hybride, tendue entre narration – le récit d’une journée de consultations médicales dans l’Autriche profonde, description implacable et minutieuse d’individus déliquescents, prisonniers d’un environnement hostile –, et éructation – le long monologue du prince Saurau, ultime patient, homme d’esprit et de culture empli d’une haine inexorable envers l’État et son pays natal – , personnage caractéristique de l’oeuvre bernhardienne.

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« On ne va pas voir un spectacle de Lupa, on s’y installe comme sur une île pour y passer la nuit »
Jean-Pierre Thibaudat

Des Somnambules de Broch à Salle d’attente de Nören, de Zarathoustra d’après Nietzsche à La Cité du rêve d’après Kubin, le théâtre de Krystian Lupa n’a cessé de nous confronter aux perturbations qui animent corps et âmes humaines, que celles-ci soient liées à une modification de l’état de conscience, aux subversions de la langue, à l’organisation sociétale, au rapport à l’autre…

L’interstice ténu entre réalité et fantasme – souvent frontière entre capitulation et révolte – est mis en crise dans nombre des créations de Krystian Lupa ; aussi n’est-il guère surprenant que la mélancolie virulente et jubilatoire des oeuvres de Thomas Bernhard soit le ciment d’un compagnonnage aussi fertile que durable entre auteur et metteur en scène : les créations de Kalkwerk, Emmanuel Kant, Déjeuner chez les Wittgenstein, Extinction et Par-delà les sommets– pour certaines d’entre elles toujours au répertoire du Stary Teatr de Cracovie – sont considérées comme de oeuvres majeures du théâtre polonais contemporain. Perturbation prolonge et réinvente cette aventure : en portant à la scène ce roman de langue allemande avec des comédiens français, Krystian Lupa nous invite à une expérience affranchie des frontières, radicalement européenne.

Autour du spectacle
Rencontre Thomas Bernhard / Krystian Lupa, allers-retours animée par le critique Jean-Pierre Thibaudat
lundi 30 septembre à 20h30
entrée libre sur réservation au 01 44 62 52 00
Projection du film “Kalkwerk” (La Plâtrière) d’après le spectacle mis en scène par Krystian Lupa, 1992, réalisation Stanilslaw Zajaczkowski.
lundi 7 octobre à 20h30

avec le soutien de la Ninateka de Varsovie
entrée libre sur réservation au 01 44 62 52 00

Perturbation d’après le roman de Thomas Bernhard
Mise en scène scénographie, lumières, Krystian Lupa
Texte original, Thomas Bernhard
Traduction texte original, Bernard Kreiss © Editions Gallimard
Adaptation, Krystian Lupa et l’équipe artistique
Collaborateurs à la traduction, Grazyna Maszkowska, Mariola Odzimkowska, René Zahnd
Collaborateur artistique, Lukasz Twarkowski
Costumes, Piotr Skiba
Interprète, Mariola Odzimkowska
Son, Frédéric Morier
Vidéo, Karol Rakowski
Assistant Vidéo : Giuseppe Greco
Figurants Vidéo : Bruno Dani, Eric Ecoffey, Xavier Vasseur
Construction décor, Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne
Avec John Arnold, Thierry Bosc, Valérie Dréville, Jean-Charles Dumay, Pierre-François Garel, Lola Riccaboni, Mélodie Richard, Matthieu Sampeur, Anne Sée, Grégoire Tachnakian

L’avis du webzine Time-out

C’est un véritable petit bout d’Europe qui pose ses valises au théâtre de la Colline avec ‘Perturbation’. D’abord la Pologne avec le metteur en scène Krystian Lupa, ensuite l’Autriche avec le romancier Thomas Bernhard et bien sûr la France avec ses comédiens et le fameux théâtre de la station Gambetta qui accueille tout ce beau monde.

Valérie Dréville et John Arnold en tête d’affiche nous plongent dans la noirceur d’un village autrichien au milieu du siècle dernier. Un jeune homme accompagne son père, médecin de campagne, dans ses consultations au fin fond de l’Autriche rurale. Les douleurs des patients sont physiques mais surtout morales, l’humain et ses fragilités se révélant violemment, à l’état brut.

Si l’artiste de Cracovie s’est acoquiné plusieurs fois avec les textes de Bernhard, c’est peut-être parce que ses spectacles dressent eux aussi un tableau à la fois mélancolique et bouillonnant de notre société. Comme le dit très joliment le critique Jean-Pierre Thibaudat, « On ne va pas voir un spectacle de Lupa, on s’y installe comme sur une île pour y passer la nuit »… Tenez-vous prêts, car perturbés, vous le serez certainement.

Pour aller plus loin: site du festival d’automneLes 50 spectacles à voir en 2013/2014

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