Rencontre littéraire animée par Paula Jacques. En présence de Florence Noiville. Textes lus par Michel Vuillermoz, sociétaire de la Comédie-Française le lundi 10 mars 2014 à 20h au théâtre de l’Odéon. N’hésitez à nous contacter à l’adresse hello(at)apgef.com pour bénéficier du tarif préférentiel qui nous est proposé (6€ au lieu de 10€).

Né en 1904 d’un père rabbin et d’une mère fille de rabbin, Isaac Bashevis Singer grandit à Varsovie. Il suit des études dans une école rabbinique où il apprend l’hébreu moderne et débute en tant que correcteur, journaliste et traducteur de Thomas Mann et Stefan Zweig. Il commence à écrire dès 1925 et publie quelques nouvelles dans des revues yiddish, et son premier roman Satan in Goray en 1932. Très vite il fait le choix d’écrire dans sa langue maternelle, le yiddish, essentiellement orale, faisant revivre la Pologne de son enfance. Fuyant l’antisémitisme il quitte en 1935 la Pologne, sa femme et son fils, pour les États-Unis où il rejoint son frère Israël Joshua Singer (écrivain lui aussi, mort en 1944). Sa femme et son fils émigrent en URSS puis en Israël. Il devient citoyen américain en 1943. Durant sa carrière Singer a publié une vingtaine de romans, de nombreux ouvrages pour la jeunesse et plusieurs recueils de nouvelles. Il y fait cohabiter la satire et le surnaturel dans un mélange d’humour, de naïveté et de fantaisie, faisant de l’individu juif un être constamment en proie aux doutes. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1978 et meurt en 1991 à Miami, des suites d’un accident vasculaire cérébral.

Diffusion sur France Inter le dimanche 30 mars à 14h dans Cosmopolitaine

Illustration : couverture de 47 contos, Companhia das Letras, primeiro edição, Portugal, 2004

Illustration : couverture de 47 contos, Companhia das Letras, primeiro edição, Portugal, 2004

 

J’étais jeune encore, à peine trente ans, mais j’étais envahi d’une fatigue qui vient probablement avec la vieillesse. J’avais coupé toutes les racines que je pouvais avoir eues en Pologne et je savais déjà qu’en Amérique je resterais un étranger jusqu’à la fin de ma vie. J’essayais de m’imaginer à Dachau ou dans un camp de travail en Sibérie. Dans l’avenir rien ne m’attendait. Je ne pouvais penser qu’au passé. Mon esprit retournait vagabonder à Varsovie, à Swider, dans l’appartement de Stefa, rue Niecala, dans la chambre meublée d’Esther, rue Swietojerska. Je dus me redire une fois encore que j’étais un cadavre. (…) Une rage m’envahit contre l’Amérique, contre mon frère qui m’avait amené ici et contre moi-même et mon insupportable nature. L’ennemi tapi au fond de moi remportait une écrasante victoire. Dans mon désespoir, je résolus de prendre un billet de retour pour la Pologne aussi vite que possible et de sauter par dessus bord pendant le voyage.
(…) Je me penchai autant que je pus, inspirai profondément les miasmes de la ville et proclamai à moi-même et aux puissances de la nuit : Je suis perdu en Amérique, perdu à jamais.

Isaac Bashevis Singer, Perdu en Amérique, 1983, éd. Stock

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