La Pologne a bénéficié de fonds importants de l’UE pour financer ses grands projets. Elle engrange surtout les bénéfices d’une décennie de réformes, d’un système bancaire sain et d’une politique d’endettement stricte. Cette série est publiée sur notre site avec l’aimable autorisation du journaliste Stéphane Laugée que nous remercions très chaleureusement.

Wojciech_Balczun_pkp_cargo_450Trois questions à : PKP Cargo – Wojciech Balczun, PDG de PKP Cargo

L’ascension de PKP Cargo est une histoire marquante dans les transports. Avant la prise en main de Wojciech Balczun, la société de fret ferroviaire était mourante. Aujourd’hui, elle est en très bonne santé.

PKP Cargo est l’un des rares leaders européens d’origine polonaise. Comment y êtes vous arrivés?
W.B. : Les enjeux étaient gros. Pendant ma première année l’entreprise était littéralement sur le point de s’effondrer. Bien sûr, la société était le transporteur ferroviaire n° 2 dans l’Union européenne, après DB Schenker. Mais malgré sa position sur le marché, le risque était réel.

Nous avons dû réellement changer tous les aspects de la société: réduire le personnel mais surtout changer la mentalité des gens … J’ai eu des contacts réguliers avec des homologues européens et j’ai réalisé qu’ils avaient les mêmes problèmes. Je me souviens d’une conversation avec le président de Fret SNCF. Quand je lui ai dit le nombre d’emplois que nous avions du supprimer, il était en état de choc. Lui voulait réduire le personnel de 1000 personnes environ et il y avait des grèves, des TGV bloqués, etc … Et nous, nous sommes passés de 44.000 à moins de 24.500 employés en 4 ans, sans grande protestation sociale malgré la tension !

Avec un travail important aussi sur la relation client …
W.B. : Cela fait partie de ce changement de mentalité dans la société. Notre personnel devait être plus attentif à nos clients, qui sont désormais agréablement surpris d’avoir un meilleur service. Nos gestionnaires font tout ce qu’ils peuvent pour fournir toutes les informations nécessaires au client quand il le souhaite, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Par exemple, ces derniers étaient incapables d’obtenir une information sur la situation de leur cargaison en temps réel. Pour être honnête, il s’agit d’un formidable cas d’étude. Si j’avais le temps, un jour j’écrirais un livre sur la transformation de cette société qui s’appellerait « De nulle part à l’Excellence » …

Quelles sont vos priorités aujourd’hui ?
W.B. : Investir dans le matériel roulant : wagons et locomotives afin d’épargner sur les coûts de maintenance. Mais nous avons maintenant une vision à long terme – pour la première fois dans l’histoire de l’entreprise – et nous savons exactement où nous voulons être dans 5 ans. Nous construisons de nouveaux partenariats pour soutenir nos opérations en dehors de la Pologne, et bientôt nous serons en mesure d’offrir des connexions directes à travers l’Union européenne. Nous avons déjà commencé à exploiter des trains indépendants en Europe centrale et Europe de l’ouest et nous étendons ces opérations pour offrir nos services le long des principaux corridors de transport européens: du nord au sud, de la Suède aux ports de la mer Adriatique et d’ouest en est, de Rotterdam à notre frontière polono biélorusse. Nous voulons être un acteur européen intégré capable d’offrir des services de porte à porte, surtout en Europe centrale et en Europe de l’est car nous savons que le potentiel de croissance est là.


LOT – 2012, une bonne année pour l’aviation polonaise

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LOT, le Air France polonais, a la ferme intention de jouer dans la cour des grands. Son président, Marcin Pirog (ndlr: depuis remplacé par Sebastian Mikosz), l’annonce clairement : « 2012 sera une année unique pour LOT : ce sera la première fois, depuis plusieurs années, que la société renoue avec les bénéfices ». Mais la bonne nouvelle ne s’arrête pas là : « 2012, c’est aussi l’année où LOT sera la première compagnie aérienne européenne à faire voler le nouveau Boeing 787 Dreamliner, en novembre. On pourra alors ouvrir de nouvelles lignes de long vol. Nous avons déjà le meilleur produit, en vol court européen, avec la flotte Embraer, avec seulement deux sièges par rangée, beaucoup plus de place pour les jambes ».

Arrivé en septembre 2010, Marcin Pirog s’est donné pour objectif de propulser le dynamisme de LOT, l’une des plus anciennes compagnies aériennes du monde – LOT Polish Airlines ayant été créé en 1929. Brainstorming sur la stratégie de la compagnie, marketing affûté, business plan : rien n’est laissé au hasard avec ce jeune président. Un travail acharné payant puisque la société a signé l’un des meilleurs redressements polonais dans le domaine des transports. « J’avais été prévenu que ce n’était pas la plus simple des compagnies à gérer, mais j’aime les défis ». L’un des principaux challenges a été un remaniement complet de l’organisation. « Nous devions créer une organisation rapide, dans la prise de décision, et moderne. Cette compagnie a hérité d’un passé avec beaucoup trop de changements décidés non pas par des leaders, mais par des gens venant de l’administration publique. La relation avec les syndicats est aussi un défi, ce qui n’a rien d’étonnant dans le public. Mais j’ai été préparé à cela grâce à mon expérience en France. Je travaillais pour Total et j’avais la CGT en face de moi … » Marcin Pirog engage une stratégie confiante et cumule les investissements. Un pari qui semble risqué puisque la compagnie était toujours en déficit l’année dernière, mais en cas de coup dur le président de LOT peut tirer d’autres cartes de sa manche : « Nous avons là une société bien établie en Pologne, une de nos unités techniques est en cours de vente, nous avons aussi des casinos depuis que nous possédons 33% de la plus grande compagnie de casinos en Pologne et ces actifs ne sont pas notre cœur de métier. Nous savons que nous aurons besoin d’argent pour financer notre nouvelle flotte ». Pour se démarquer et gagner en compétitivité, la compagnie LOT a une politique : « Notre stratégie est d’avoir des petits avions et donc une plus grande fréquence de vols mais aussi un embarquement-débarquement plus rapide. Sur cet aspect, nous sommes beaucoup plus rapides que nos concurrents ». Croissance oblige, l’équipage polonais va développer de nouvelles destinations. « Cette année, nous allons nous ouvrir à l’Asie, avec une ligne pour Beijing dès le 31 mai, puis Tokyo. Avec l’arrivée des Dreamliner, nous irons aussi à Shanghai ou Shenzen et à New Delhi », confie Marcin Pirog. La compagnie est aujourd’hui à la recherche d’un investisseur pour faire face à ses concurrents européens. Turkish Airlines remporterait les faveurs de LOT : « Je pense que nous arriverons au stade décisionnel d’ici un mois », a déclaré le président du conseil d’administration turque, Hamdi Topcu, dans un communiqué de presse. « Stratégiquement parlant, je crois vraiment que nous avons besoin de faire partie d’un groupe plus important. Sans cela, je pense que d’ici 5 ou 10 ans une entreprise comme la LOT survivrait péniblement, coincée entre des leaders comme Air-France ou KLM et les compagnies à bas coûts ». Pas de quoi être morose pour autant. Les perspectives sont bonnes et le patron de la LOT estime que le potentiel est là : « La propension à prendre l’avion est encore faible en Pologne, elle ne représente que 25% de la moyenne de l’Europe de l’Ouest. Nous prévoyons que le trafic doublera d’ici à 2020, soit 12 millions de passagers de plus ».

 

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