Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de la visiter, voici une invitation à découvrir l’une des plus belles Ambassades de Pologne de par le monde et quelques éléments de l’histoire de l’hôtel de Monaco.

Présentation de l'APGEF à l'occasion d'un rassemblement associatif à l'Ambassade de Pologne à Paris

Présentation de l’APGEF à l’occasion d’un rassemblement associatif à l’Ambassade de Pologne à Paris

En 1772, la princesse de Monaco, Marie-Catherine de Brignole, qui vient de se séparer de son époux, Honoré-Camille Grimaldi Matignon, acquiert l’une des dernières parcelles de terre encore disponibles à l’extrémité du faubourg Saint-Germain et demande à Alexandre-Théodore Brongniart de lui construire un palais digne de son rang et de son goût et capable de supporter la comparaison avec l’hôtel de Matignon qu’elle quitte.

Sur ce terrain situé entre la rue de Grenelle et l’actuelle rue Saint- Dominique, le célèbre architecte bâtit deux hôtels; l’un, plus petit, en bordure de la rue Saint-Dominique, que la princesse de Monaco rachètera quelques années plus tard à son beau-frère, le duc de Valentinois, pour y loger ses gens; l’autre, très grand et très beau, pour la princesse elle-même.

Pour l’hôtel de Monaco, Brongniart abandonne le schéma classique des hôtels parisiens (portes monumentales ouvrant sur une cour d’honneur au fond de laquelle se dressent les bâtiments d’habitation dont l’autre façade donne sur de grands jardins) et conçoit le plan original d’un pavillon à l’italienne, à trois façades et un étage, entouré de verdure, auquel on accède par une allée de platanes. La façade, élégante dans sa sobriété, en est particulièrement harmonieuse; le péristyle est semi-circulaire; neuf fenêtres cintrées sont séparées par des colonnes engagées d’ordre dorique; deux petites ailes, à peine indiquées, rompent la monotonie du bâtiment; un entablement décoré court au-dessus des fenêtres du premier étage; au balcon et à l’attique, des balustres de pierre séparées par des acrotères allègent l’édifice. Sur le jardin, dessiné à la française, des pilastres corinthiens cannelés atteignent d’un seul jet l’entablement, couronné par une balustrade.

Avant la Journée du service étranger, dont le thème sera, en 2013, le rôle de l’architecture et du design dans la création de l’image de la politique étrangère polonaise, nous vous invitons à visiter l’hôtel de Monaco à Paris.

A l’intérieur, la disposition des salons joue sur une double profondeur: les uns donnent sur la cour, les autres sur le jardin. Du péristyle, on accède par huit marches à un vestibule ovale et à un escalier ?en demi-cercle; à droite, se situent les salons de réception et, à gauche les appartements de la princesse. La décoration intérieure est raffinée et particulièrement luxueuse dans les lieux destinés à la réception. L’ameublement complète l’aspect somptueux des appartements.

De cette demeure ravissante, la princesse de Monaco profite peu puisqu’en 1790 elle émigre en Angleterre. Le palais qu’elle a loué à l’ambassadeur de Grande-Bretagne est saisi; il est mis à la disposition de la Commission des Secours publics, puis affecté à l’ambassade de Turquie. Finalement il est attribué à Siéyès qui, en 1808, le vend à Davout, également acquéreur de l’hôtel de Valentinois, classé bien national. En 1823, à la mort du maréchal, sa veuve s’installe dans l’hôtel de Valentinois; elle loue l’hôtel de Monaco au Comte Apponyi, ambassadeur d’Autriche, puis en 1838, le vend à William Williams Hope, fils d’un banquier anglais installé à Amsterdam. Hope vit à Paris depuis une dizaine d’années et il y est déjà célèbre pour son immense fortune et pour les fêtes grandioses qu’il a coutume d’organiser.

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Source: Bibliothèque Nationale de France

S’inspirant des modèles de Versailles et du Palais-Royal, Hope transforme complètement l’hôtel de Monaco proprement dit et en agrandit les jardins et les dépendances en achetant et faisant démolir quelques immeubles en bordure de la rue de Grenelle (dont le Couvent de Sainte-Valère). C’est à un élève de Brongniart, Achille-Jacques Fédel, qu’il confie les travaux. Le bâtiment est dépouillé de ses balustres, élargi à onze fenêtres, rehaussé d’un deuxième étage. Le péristyle d’ovale devient rectangulaire. L’immeuble est flanqué de deux grandes ailes à un étage sous le toit, qui entourent une cour d’honneur. L’allée de platanes est conservée. Sur la rue, Hope fait élever un portique avec une loge pour le concierge. Le jardin est modifié; une terrasse, des fontaines, une grotte et des serres y sont aménagées; des remises et un manège sont construits en bordure de l’Esplanade. Ce remodelage modifie complètement les proportions de l’ensemble et en change l’aspect. Le palais de la princesse de Monaco était un bijou dans la verdure; celui de M.Hope est un hôtel parisien imposant mais sévère.

A l’intérieur du bâtiment, l’impression imposante demeure, mais elle est vite dépassée par celle d’un luxe inouï, parfois même ostentatoire. La double disposition des pièces sur cour et sur jardin est conservée au rez-de-chaussée, qui abrite les appartement privés du banquier. Le premier étage est réservé aux réceptions. On y accède par un escalier droit, impressionnant, couvert d’une voûte à caissons. Dans les salons luxueusement décorés, l’éclectisme triomphe: antiquité, renaissance, XVIIe siècle sont mêlés. L’impression générale d’opulence, qui était encore renforcée par l’exposition des magnifiques collections de Hope, convenait aux réceptions fastueuses qui y furent données.

Dans la qualité de cette décoration et dans son unité, apparaît tout le talent du maître d’oeuvre, Achille-Jacques Fédel (1785-1860), deuxième Prix de Rome en 1813, plus décorateur qu’architecte. Les peintures des plafonds, d’inspiration italienne, sont l’oeuvre de Philippe Camairas (1803- 1875); celles de la salle de musique sont particulièrement intéressantes. Néanmoins, les médaillons de fleurs et les natures mortes qui ornent le plafond de la salle des banquets et qui ont été magnifiquement intégrés dans le décor général sont attribués les premiers à Jean-Baptiste Monnoyer (1634-1699) et les secondes à Jean-Baptiste Oudry (1686- 1755). La cheminée du salon d’apparât est l’oeuvre du bronzier Pierre- Maximilien Delafonfaine (1774-1860), selon un dessin de Fédel.

William Hope meurt en 1855, léguant ses biens à un ami anglais qui fait tout vendre. L’hbtel est alors adjugé à un autre banquier, le baron Achille Seillière, qui s’y installe somptueusement. A sa mort, en 1873, sa fille Jeanne, mariée à Boson de Talleyrand-Périgord, prince de Sagan (arrière-petit-neveu du célèbre ministre des Affaires étrangères), en hérite. Pendant un quart de siècle, l’hôtel de Talleyrand est le siège de splendides réceptions, de bals costumés et de fêtes éblouissantes. Puis, de 1909 à 1936, il est la propriété de Jacques Seligman, marchand d’art, avant d’être acquis par la République de Pologne pour y déplacer son ambassade, lorsque les travaux de l’exposition universelle chassent celle-ci du quai de Tokyo où est édifié le Palais des Arts modernes.

Les différents propriétaires qui succèdent à Hope ne font pas de transformation importante dans le palais lui-même. En revanche, le jardin est amputé des deux tiers de sa superficie lors de l’ouverture de la rue de Talleyrand. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’immeuble réquisitionné abrite l’office culturel allemand et ne subit pas de dégâts majeurs. Les meubles et les tableaux actuellement installés dans les salons sont la propriété du Ministère polonais des Affaires étrangères et du Musée national à Varsovie.

Discours de Laurent Fabius à l'occasion du départ de SE Monsieur l'Ambassadeur Tomasz Orłowski et Madame Aleksandra Orłowska.

Discours de Laurent Fabius à l’occasion du départ de SE Monsieur l’Ambassadeur Tomasz Orłowski et Madame Aleksandra Orłowska.

Source: paris.mfa.gov.pl/fr/ambassade/histoire/

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